​Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu….??

En cet évangile de Saint Matthieu, (ch. 25),  couramment appelé  » Evangile du jugement dernier« , une seule question, et même posée, par les deux groupes séparés, les justes d’un côté et les maudits de l’autre. Étonnant que  tous se posent une même question, alors que leur situation est radicalement différente voire opposée. A vue humaine tout ce monde a vu la même chose, c’est-à dire rencontré les mêmes personnes, malades, étrangers,  prisonniers, assoiffés, sdf, paumés  et autres gueux…!!! La différence définitive  n’est pas dans les personnes croisées, ni dans la question, toutes identiques pour tout le monde…La réponse de Jésus est unique, identique autant  à l’adresse des uns et des autres : je suis présent dans l’autre, surtout, et en priorité, quand il est  pauvre, fragile, précaire, abandonné….etc..! Alors remarquons bien maintenant que le jugement ne sera pas prononcé par une parole de Dieu venant de l’extérieur et d’en haut,  comme  tombe le couperet d’une décision de justice humaine….Ce qui nous juge, c’est nous-mêmes, et en tout premier lieu notre attitude avec l’autre ; les autres sont-ils pour moi la PRESENCE REELLE  de JESUS ? C’est clair, infiniment clair, tellement clair   et sans commentaire, l’autre porte en lui, la présence réelle de Jésus : « Chaque fois  que vous l’avez fait  à l’un de ces plus petits de mes frères, C’EST A MOI  que vous l’avez fait…. C’EST A MOI que vous ne l’avez pas fait ». Donc j’engage moi -même et uniquement par mon attitude vers les autres, le jugement qui sera le mien!

 

Dans l ‘Eglise du Christ, il n’y a qu’un seul sacrement de la communion eucharistique, nous connaissons très bien la communion à la messe, cependant ce même sacrement eucharistique contient nécessairement  le « Sacrement du frère« , selon la très juste expression de Saint Jean Chrysostome.  » Ceci est mon Corps« ….et « ce que vous avez fait au plus petit de mes frères c’est à moi que vous l’avez fait » procèdent donc de la même présence réelle de Jésus,  c’est lui qui l’affirme en ces deux Paroles, sa présence est bien réelle dans le pain eucharistique, présence bien  réelle dans le plus petit. La communion à la présence de Jésus ne peut se satisfaire que de la communion à la messe, d’ailleurs ce n’est pas sur celle-ci que nous serons jugés, mais sur l’autre, la communion en sa présence réelle dans le plus petit de mes frères. Le regard intérieur des chrétiens sur le pain eucharistique, l’hostie, lui fait reconnaître et proclamer la foi en la présence réelle de Jésus, ce même regard intérieur du chrétien sur le plus petit de ses frères, lui fait reconnaître et proclamer la présence réelle de Jésus. En recevant l ‘hostie : »Le Corps du Christ…Amen…je crois« …..; en recevant « le plus petit d’entre mes frères« …..Amen …je crois« !

 

IL est facile….très facile, d’aller communier à la messe…..Sommes nous portés aussi facilement à aller communier à la présence de Jésus dans l’autre..???.. Jésus nomme les autres, se sont des nominations à caractère à la fois personnelles et sociologiques…malades…prisonniers…dénudés…étrangers   et  ces personnes  vivent bien avec nous…Elles sont vraiment celles  dont parle Jésus et dont notre regard sur elles,  pour y rencontrer et servir le Seigneur, engage notre jugement final. Il y a  aussi des « petits » dont les fragilités ou pauvretés sont moins visibles et pourtant très crues….des fragilités plus intérieures, plus intimes,….fruits de d’épreuves, d ‘échecs,  de solitudes, de déceptions, de blessures affectives,  d’espoirs jamais accomplis….!!! Le regard  qui me fait reconnaître Jésus dans l ‘Eucharistie est exactement identique à celui que je dois alors  porter sur le « plus petit de mes frères« .  Voilà où et comment se vit le « sacrement du frère« ; nous ne sommes pas seulement dans l’humanitaire, hors çà oh combien nécessaire,   Jésus nous demande de nous placer dans le  SALUTAIRE :  » Recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde » dit Jésus au justes selon son Evangile.

 

L’eucharistie de la messe est un DON de Dieu, pas un dû,  un DON d’expérience essentiellement spirituelle, elle n’est pas un objet, fusse t’il de piété, qui peut se réclamer ni se revendiquer …de façon plus ou moins intempestive…! L’eucharistie n’est pas un droit, dont quelques lois ou décrets nous priveraient  en tant qu’expérience spirituelle, les lois ne sont pas de cet ordre là. L’eucharistie est bien  » la source et le sommet  » de la vie chrétienne, comme le proclame le concile Vatican II. Nous célébrons ce dimanche le Christ-Roi,…pas un roi qui règne par le droit, mais par le cœur….Le cœur du Christ Roi palpite dans le creux de la vie de tout être humain, dans les fibres du corps de tout être humain,  plutôt qu’ à un droit, il nous invite au devoir de le voir en chacun de nos frères, et à le servir là aussi et en priorité. Le 16 novembre, Mgr de Moulin Beaufort, président de la conférence des évêques de France déclarait :  » L ‘Eucharistie n’est pas le seul moyen d’exprimer son attachement à la messe…Je suis convaincu  que les chrétiens trouveront les gestes significatifs pour célébrer le Christ-Roi dimanche prochain », j’en suis aussi convaincu, vous aussi sûrement, et nous saurons trouvez un ou des gestes significatifs, signifiant notre attachement au sacrement du frère…..!

 

Puissions nous tisser ces liens de communion sacramentelle avec les plus  petits de nos frères, et si la communion eucharistique se fait dans l’assemblée dominicale à l’ église,  la communion au sacrement du frère peut se vivre tous les jours… partout …dans tous les lieux et circonstances de notre vie…. » c’est à moi que vous l’avez fait », car là où sont les plus petits, là est le Christ, là est l’Eglise du Corps du Christ, là je peux aussi communier !

 

Michel Pierre Morin, curé